S
SABOR. † SELES. † SELAS. : Incipit d’une formule disant que, si l’on ne veut redouter ni voleurs ni brigands et si on souhaite les empêcher de vous nuire, « il faut porter ces trois noms » sur soi :
Sabor. † seles. † selas. † bo. † N. V. [...] TetragrammatoN.
Il faut sans doute comprendre qu’il s’agit des trois premiers mots.
Illustration Aymar, p. 346.
SADAIJ AMARA ELON PHENETON : Lorsque les Hébreux quittèrent l’Égypte, Moïse fit tomber la manne du ciel et jaillir l’eau du rocher par ces mots, parmi lesquels on reconnaît des noms de Dieu :
Il faut les utiliser lorsqu’on se trouve en grande détresse ou pour accomplir des merveilles. Sadaij est l’hébreu Shaddaï (Illustration), « tout-puissant », et Elon devrait être Elyon (Illustration), « suprême ».
Illustration Semiphoras 2, 7.
SADAY HAYLOCS LUCAS ELACYUNS JACONY : Début des mots inscrits sur le front du grand prêtre Aaron quand il parle au Créateur ; ils ont le pouvoir de faire exaucer toutes les demandes :
Saday haylocs Lucas elacyuns jacony hasihaia yeinino, sep, actitas barne lud doneny eya iebu reu, vaha, vailia, eye. Vie hahya hoya saya salna hahai, cuci yaya. Elenehel, na vena ; setua.
Illustration Semiphoras 2, 5.
SADIES SATANI AGIR FONS TORIBUS : Pour découvrir un trésor, on se rend là où l’on croit qu’il se trouve, puis on dit ces mots en frappant trois fois du talon gauche, et on recommence trois fois de suite.
Illustration Honorius, p. 103.
SAINTE CROIX : La croix du Christ est omniprésente dans les charmes et les oraisons : c’est une précieuse amulette. Au début du XVIe siècle, on affirmait qu’elle protégeait les maisons :
Nulla salus est in domo,
Nisi cruce munit homo
Superliminaria.
Neque sentit gladium,
Nec amisit filium,
Quisquis egit talia
Une autre formule est un bon phylactère de la personne :
« Que le signe de la croix me défende de tous maux présents, passés et futurs, internes et externes » (Signum crucis defendat me a malis præsentibus, præteritis & futuris, interioribus & exterioribus).
Au XVIe siècle, en Angleterre, un bref connu sous le nom de Lettre du saint Sauveur, dit :
« La croix du Christ est une merveilleuse défenseIllustration que la croix du Christ m’accompagne toujoursIllustration c’est la croix que j’adore toujoursIllustration la croix du Christ est la vraie santéIllustration la croix du Christ dissout les liens de la mortIllustration la croix du Christ est la foi et le cheminIllustration je voyage sur la croix du SeigneurIllustration la croix du Christ abat tout malIllustration la croix du Christ nous donne tout ce qui est bienIllustration la croix du Christ ôte tous les soucisIllustration que la croix du Christ me sauveIllustration je trace la croix du Christ sur moi, devant moi et derrière moiIllustration parce que l’antique ennemi ne peut en supporter la vueIllustration la croix du Christ me sauve, me garde, me guide et dirigeIllustration »
Il s’agit là d’une véritable incantation que l’on retrouve dans le manuscrit Sloane 962 (folios 9v°-10 r°) de la British Library. Toujours au XVe siècle, la croix est utilisée dans un charme contre les serpents conservée à la Bibliothèque nationale bavaroise :
† crux † crux † crux † alma fulget, per quam salus reddita est mundo.
La phrase latine est le début de l’antiphon :
Crux alma fulget,
per quam salus reddita est mundo ;
crux vincit,
crux regnat,
crux repellit omne crimen.
(Corpus antiphonalium Officii, n° 1960.)
La croix du Christ a été associée à d’autres formules chrétiennes, comme dans ce charme de protection :
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. Ils expulsent les démons en mon nom, parlent de nouvelles langues, chassent les serpents, et si le poison qu’ils boivent ne leur nuit pas, ils imposeront les mains sur les malades et les guériront.Illustration crux admirabilisIllustration euacatio doloris, restitutio sanitatisIllustration ecce crucem Domini, fugite partes adverse Illustration vicit leo de tribu Iuda radix Dauid allamIllustration Christus vincitIllustration Christus regnatIllustration Christus imperatIllustration que le Christ protège ce serviteur de Dieu. N. de tous les fantômes [fantasia], de tous les assauts du diable et de tous les maux, à toute heure et partout, qu’Il le défende par la vertu de la sainte croixIllustration amenIllustration agiosIllustration hyskyrosIllustration athnatosIllustration eleysonIllustration (British Library, manuscrit Sloane 962, folio 102 r°).
L’Adoration de la Croix, le vendredi de la semaine sainte, comporte une séquence (Trisagion) où alternent le grec et sa traduction latine, que nous retrouvons fréquemment dans les charmes latins énumérant les noms divins :
Agios o Theos !
Sanctus Deus
Agios Ischyros !
Sanctus fortis
Agios athanatos
Eleison imas.
Une Oraison (de la Croix) a servi d’amulette aux soldats savoyards qui se lancèrent à l’assaut de Genève en 1602, assaut appelé « l’Escalade ». On la retrouve en grande partie dans l’Invocation à la Sainte-Croix éditée au XIXe siècle à Vaugirard par l’imprimerie Aubry.
Il faut noter que certaines croix de missions ou de carrefours ont une fonction apotropaïque qui est parfois renforcée par l’inclusion d’INRI et par des instruments de la Passion, comme nous l’avons constaté à Lautrec (Tarn), illustration de gauche, et à Saint-Véran (Queyras), illustration de droite :
Illustration
Illustration CRUX CHRISTI ; CRUX SACRA.
Illustration Nombreux exemples chez Reginald Scot, Discoverie of witchcraft, Londres, 1584, XII, 9 et XV, 9, et chez W. Deonna, « À l’Escalade... », p. 89 sq. ; Agrippa d’Aubigné, L’Escalade, éd. L. Dufour-Vernes et E. Ritter, Genève, 1884, appendice § II, p. 27 ; A. E. Schönbach, « Eine Auslese altdeutscher Segensformeln » in : Analecta Graecensia. Festschrift zur 42. Versammlung deutscher Philologen und Schulmänner in Wien, Graz 1893, p. 36.
S A M A : Pour qu’un meunier ait toujours du grain à moudre, il doit écrire ce qui suit avec son sang sur du plomb et le cacher dans un trou secret du moulin :
S A M A ϖ ε ρ α ν z ε λ α Kηϰes ampes rabs rors Kiend blode profinize.
La formule mêle latin, grec et danois en un tout incompréhensible.
Illustration ohrt II, p. 125.
SANCITAN SANAMIEL SAMAFOELIS : Pour gagner l’amour d’une jeune fille, il faut lui murmurer ces mots à l’oreille.
Illustration Bruxelles, Bibliothèque royale, manuscrit IV 9588, XVe siècle, fol. 12 r°.
SANGUET † CHRISTI † SIT † INTER † TE † ET ME † : « Que le sang du Christ soit entre toi et moi. » Au XVIIIe siècle, dans le canton de Vaud, cette formule était réputée arrêter son ennemi si on la prononçait.
Illustration Hervé, p. 365.
SANTIKAPOUPIWAÏEIMONTIRAKAKARA : Un livre de médecine hermétique égyptien conservé à Londres nous a transmis cette formule « contre la maladie d’Asie, comme les Crétois la nomment. » Il faut la prononcer sur un vase contenant de l’urine et un liquide.
Illustration Lexa, t. 1, p. 66.
SAOS DRAOS DIDIMOS : Un manuscrit du XVIIIe-XIXe siècle de la bibliothèque de l’Académie roumaine de Bucarest donne cette formule contre les fièvres de la façon suivante :
Illustration Bucarest, manuscrit BAR 1123, folio 36 v°.
SARAIOUA SARAPHAEL : Pour découvrir un voleur, il faut écrire saraioua sur la croûte d’un pain et saraphael sur du fromage ; le coupable ne pourra les manger. Variante : sarson Sampson.
Illustration Franz 2, 336.
SARBASMISARAB : Mot magique utilisé avec des characteres pour envoûter des chevaux et les empêcher de gagner la course. La tablette opisthographe (écrite des deux côtés) a été découverte à Hadrumète, port de l’Afrique romaine.
Illustration Audollent pp. 378-380.
Illustration
SARITAP PERMISOX OTTARIM : Ces mots permettent d’ouvrir sans clé toutes les serrures et protègent de toute détention. Il faut les graver sur un talisman dont l’anneau doit toucher la serrure en même temps que l’on prononce cette formule.
Illustration Trésor, p. 180 a.
SATAN ADAMA : Ces termes forment les deux premières lignes du carré magique suivant, qui fut mis en rapport avec les Templiers :
Illustration
SATOR : La première occurrence de la formule SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS date de 70 de notre ère : on l’a trouvée dans une église chrétienne de Pompéi — mais elle est inversée et se présente sous la forme : ROTAS / OPERA /TENET / AREPO / SATOR —et ailleurs, sur d’autres bâtiments, jusque dans les graffitis du château de Bonaguil dans le Périgord, (illustration ci-dessous).
Illustration
La formule a donné lieu à toutes les interprétations possibles, que l’on trouvera dans l’étude de H. Fuchs qui a eu le mérite de montrer qu’elle contient une croix formée par TENET au centre du carré, ce que nous mettons en évidence par des caractères gras :
Illustration
On a compris : « Le laboureur Arepo conduit avec soin la charrue » ; « L’ouvrier tient les roues, le semeur la charrue » ; « Le semeur maintient par sa poitrine les roues [du monde], son œuvre », et bien d’autres choses qui n’ont aucun rapport avec l’utilisation de la formule. On y a lu un précepte monacal abrégé (SAT ORARE POTENter ET OPERAre RatiO TuA Sit), en oubliant que la formule fut utilisée avant la formulation dudit précepte ! On admet que SATOR désigne Dieu en tant que géniteur des dieux et des hommes (deorum genitor atque hominum sator) et l’on s’épuise à chercher un sens en omettant qu’une formule magique est cryptée et que les utilisateurs n’ont certainement pas cherché à en percer le secret : son obscurité fut sans doute, comme dans d’autres cas, gage d’efficacité.
En fait, le carré magique dissimule le nom de Dieu. Il suffit de remplacer les lettres par le numéro de leur place dans l’alphabet, puis d’additionner les deux chiffres du résultat pour le prouver :
Illustration
La somme des deux chiffres résultant de l’addition est 10, quel que soit le sens de la lecture ; le zéro ne compte pas, comme aujourd’hui lorsqu’on fait la preuve par neuf, reste donc 1, c’est-à-dire l’Un, l’Unique, Dieu. Et s’il restait un doute, le fait que tenet forme une croix au centre du carré le lèverait.
Voyons maintenant dans quels domaines la formule fut utilisée.
Dans un charme chrétien du XIe siècle, destiné à procurer un bon accouchement, se lit : † sator. Arepo. tenet. Opera. Rotas.
Un autre, dans un manuscrit de la Lettre d’Hippocrate (XIIIe siècle) indique qu’il faut attacher cet écrit sur le ventre de la parturiente : Maria peperit Christum † Anna Mariam † Elisabeth Johannem † Celina Remigium † sator † arepo † tenet † opere † rotas.
Un troisième charme en moyen anglais et latin fait suivre rotas de plusieurs formules chrétiennes : Christus † vincit † Christus † regnat † Christus † imperat † Christus † te † vocat † mundas † te † gaudet [...] † a † g † l † a † alpha † et o †
Dans une autre conjuration, datant du XVe siècle et destinée à chasser le démon de la tempête, la formule apparaît deux fois. D’abord après une citation de l’antiphon O clauis David, l’un des sept antiphons de la vigile de Noël, etc., puis après la conjuration proprement dite qui expulse le démon vers les lieux inhabités :
1. O clauis David et sceptrum domus Israel, qui aperis et nemo claudit, claudis et nemo aperit. Tetragrammaton. Alleluia. Sator arepo tenet opera rotas.
(« Ô clé de David et sceptre de la maison d’Israël, toi qui ouvres ce que personne ne ferme et ferme ce que personne n’ouvre. Tetragrammaton... »)
2. Coniuro te, demon, per deum unum [...].
(« Je te conjure, démon, par le Dieu unique... »)
3. † Sator arepo tenet opera rotas. † Crux est uerum signum. † Crux est reparacio † per hoc signum crucis fuge demon † Regia nosaan et gyran [...].
(« Sator... La croix est le vrai symbole, la croix est réparation, par ce signe fuis démon... »)
On ignore le sens des trois derniers mots et on suppose que le premier serait Ragi El, « le firmament de Dieu », et que le dernier désignerait un ange préposé au mois de Kislev, troisième mois de l’année ecclésiastique et neuvième de l’année civile du calendrier hébreu.
Dans les Clavicules de Salomon, Sator ouvre une conjuration destinée à obtenir grâce et amour, se trouve représenté sur le second pentacle de Saturne qui vaut contre les adversités et, par ailleurs, est spécialement utilisé pour rabaisser l’orgueil des esprits.
En 1743, le duc Ernst August de Saxe-Weimar ordonna que des assiettes en bois ayant déjà servi soient conservées dans chaque village ; il fallait y tracer une flèche, inscrire SATOR, etc., et y dessiner des figures, le vendredi, à la lune décroissante, entre onze heures et douze heures, avec de l’encre fraîche et une plume neuve. Si un incendie se déclarait, il fallait y jeter l’assiette, au nom de Dieu, et répéter cela trois fois pour éteindre l’incendie.
Un grimoire du XVIIIe siècle, connu sous le nom de Livret de Romain (Romanus Büchlein) recommande d’utiliser la formule pour éteindre un feu sans eau. Il faut simplement l’écrire des deux côtés d’une assiette et jeter celle-ci au feu. Un peu plus loin, la formule doit être donnée à manger au bétail pour le protéger des sorcières et des diables. Au XIXe siècle, on écrit le carré magique sur un bout de papier que l’on avale pour se préserver des conséquences de la morsure d’un chien enragé, ou avec lequel on se frotte afin de se protéger de toutes sortes de fièvres. Notre formule est déformée en Arebrodas (= Areb[o] rodas) et se porte écrite ainsi contre les morsures de chien :
Illustration
En 1768, on recommandait de coller à la porte de la maison un papier sur lequel était écrit SATOR, etc. ; le voleur qui regarderait la porte ne pourrait plus s’en aller jusqu’à ce qu’on ait déchiré ledit papier. Curieusement, la porte d’entrée d’une maison de Grenoble offre le carré magique dans son panneau supérieur, et une maison du Queyras le présente sous un cadran solaire (illustration ci-dessous).
Illustration
En 1793, en Norvège, on utilise notre formule en coscinomancie (divination avec une passoire ou un crible). En Suisse, on augmentait l’efficacité de la formule en l’écrivant avec l’aiguille ayant servi à coudre le linceul d’un mort. En Prusse, on faisait ingérer les vingt-cinq lettres de la formule avec du pain, neuf jours de suite, pour délivrer une personne envoûtée.
Dans son analyse de la formule, Josef Massenkeil constate que le terme le plus difficile à comprendre est AREPO, qu’il est vraisemblablement un chiffre, au sens de la cryptographie. Dans une enquête de terrain en Roumanie, le grand ethnologue Felix Karlinger a recueilli des informations particulièrement intéressantes. Son informateur lui a révélé que « le terme ne doit pas être prononcé et que si on l’écrit en caractères grecs il renferme le sens caché et que l’on peut le lire comme apero. Apero est toutefois un vocable espagnol et signifie à peu près harnais ou selle. On harnache donc ainsi le démon, on le selle sans qu’il le remarque ». Le carré magique doit être écrit sur le sol avec de la craie consacrée et venant d’un certain endroit ; pour conjurer un démon et obtenir des réponses aux questions qu’on lui pose, on danse sur les lettres en commençant par celle du centre et on avance en spirale pour terminer sur la lettre R, en haut et à droite du carré, le tout en psalmodiant certaines phrases. Pour renvoyer le démon, on fait la même opération en sens inverse.
Dans les documents contenus par le Sachet accoucheur déjà évoqué, se rencontrent des pentacles avec la formule complète, mais SATOR s’en détache et entre dans les énumérations des noms et qualificatifs divins : † Agios † Sator † Helyas † Hemanuel † orc adonay athanatos † otheos † Pentaton † fons, † sapientia † virtus † paraclitus † [...].
Signalons encore un passage du manuscrit de Leyde datant du XIIIe-XIV e siècle, où se lit : Rotas adrepotenat opera sator. Sator adrepotenat opera rotas.
Au XVIIe siècle, la formule se gravait sur trois bagues ; la première protégeait des épées, la deuxième de l’indignité et de l’égarement, la troisième de la colère des grands et des persécutions des mauvaises gens.
Illustration
Cent ans plus tard, elle vaut pour la colique si on l’écrit ainsi :
Illustration
Pour protéger ses bêtes ou les hommes des souffles néfastes et des pestilences, on leur attache la formule suivante le vendredi, avant le lever du soleil, à une heure impaire :
Illustration
Pour savoir si une femme était une sorcière, il fallait écrire :
SATOR †
Crux Jesu Christi mild epos
AREPO †
Crux Jesu Christi Mesopos
TENET †
Crux Jesu Christi Habenepos
OPERA
ROTAS
Sur un papier, il faut cueillir des herbes de la Saint-Jean, et enfermer formule et herbes dans un morceau de cuir que l’on porte sur soi.
Déformations : La Magie sacrée ou Livre d’Abraham le Mage propose SALOM AREPO LEMEL OPERA MOLAS pour se faire aimer du pape, d’un empereur ou de rois. Dans un grimoire daté de 1820 on relève : SatoD Ajebo Teret Obera Roeas !
Illustration Hunt, p. 133 ; p. 98 sq. ; Franz, 2, 94-95 ; Clavicules de Salomon I, 15, p. 60 & p. 67 ; Leyde, Cod. Scaligerianus 28 ; Galdrakver, p. 35 sq. ; Secret 2, 291 ; Schulz, p. 198 ; Secrets égyptiens 2, 332 ; Mowat, « Le plus ancien carré de mots : Sator Arepo Tenet Opera Rotas », Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 7e série, 4 (1905), pp. 41-68. On trouvera la bibliographie des études anciennes et les diverses interprétations de la formule chez Harald Fuchs, « Die Herkunft der Satorformel », Schweizerisches Archiv für Volkskunde 47 (1951), pp. 28-54 ; F. Karlinger, « Anmerkung zu AREPO », Österreichische Zeitschrift für Volkskunde 82, pp. 300-303 ; J. Massenkeil, « AREPO. Ein Beitrag zur Aufhellung des Satoranagramms », Österreichische Zeitschrift für Volkskunde 82, pp. 145-150 ; Cf. H. Frischbier, Hexenspruch und Hexenbann. Ein Beitrag zur Geschichte des Aberglaubens in der Provinz Preussen, Berlin, 1870, p. 23 ; A. Bang, Norske Hexeformularer og magiske Opskrifter, Christiana, 1901-1902 (Videnskabs-selskabets Skrifter II, hist. Filos. Klasse 1901, N° 1), p. 581 ; W. J. A. von Tettau, I. D. H. Temme, Die Volkssagen Ostpreussens, Litthauens und Westpreussens, Berlin, 1837, p. 270 ; Romanus=Büchlein vor Gott der Herr bewahre meine Seele, meinen Aus= und Eingang ; von nun an bis in alle Ewigkeit, Amen. Halleluja, Venise, s. d., p. 7, que nous avons traduit dans Le Livre des grimoires, pp. 223-247 ; Bernt af Klintberg, Svenska trollformler, Stockholm, 1965, p. 86 ; Coulon, p. 64 (pour faciliter l’accouchement).
† † † SATORA ROBOTE NETABE RATOTTA. S. † : Il faut dire ces mots qui terminent une prière pour soulager des pieds douloureux. On reconnaît la formule Sator Arepo que l’on retrouve ailleurs, bien déformée en Sator arobo tenet abera totta !
Illustration Secrets égyptiens 2, 76.
SAULE : Pour annihiler l’effet des armes à feu, on disait à rebours les paroles du Christ à Saül : Saule, Saule, qui de persequeris ? (« Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? ») en y ajoutant des mots qui, selon J.-B. Thiers, ne signifient rien et qu’il ne nous communique pas.
Illustration Thiers 1, 365.
SAX, AMON, SAX, ABRASAX : Formule utilisée en Égypte pour interroger la lune ; après s’être frictionné les yeux de fard vert et de fard noir, et être monté sur le toit de sa maison, il faut la répéter sept ou neuf fois lorsque l’astre est plein.
Illustration Lexa, t. 1, p. 86.
SCEABOLES, ARBARON, ELOHI : Incipit d’une formule intervenant dans une opération d’« expérimentation de l’invisibilité ». Il faut la prononcer dévotement dans son cœur avant de s’y lancer ; le contexte indique qu’il doit s’agir de noms d’esprits conjurés au nom de Dieu (Elohim) puisque l’opérateur s’adresse un peu plus loin à Almiras, « le Maître de l’invisibilité », et à ses ministres.
Illustration Clavicula, p. 51.
SCHEVA : Ce mot magique fait partie d’une recette pour gagner l’amour d’une personne, transmise par le Petit Albert :
« Vous irez un vendredi matin avant soleil levé dans un verger fruitier, & cueillerez sur un arbre la plus belle pomme que vous pourrez ; puis vous écrirez avec votre sang sur un petit morceau de papier blanc votre nom & surnom, & en une autre ligne suivante, le nom & surnom de la personne dont vous voulez être aimé, & vous tacherez d’avoir trois de ses cheveux, que vous joindrez avec trois des vôtres qui vous serviront à lier le petit billet que vous aurez écrit avec une autre, sur lequel il n’y aura que le mot de Scheva, aussi écrit de votre sang, puis vous fendrez la pomme en deux, vous en ôterez les pepins, & en leur place vous y mettrez vos billets liés des cheveux, & avec deux petites brochettes pointues de branches de myrte verd, vous rejoindrez proprement les deux moitiés de pomme & la ferez sécher au four, en sorte qu’elle devienne dure & sans humidité comme les pommes seches de carême ; vous l’envelopperez ensuite dans des feuilles de lauriers & de myrthe, & tacherez de la mettre sous le chevet du lit où couche la personne aimée, sans qu’elle s’en apperçoive, & en peu de tems elle vous donnera des marques de son amour. »
Illustration
Scheva est accompagné de cette figure :Illustration
Les Véritables Clavicules de Salomon (p. 67) sont la source de ce passage, mais le mot est Sebeva.
On retrouve scheva dans un charme colombien destiné à détruire la puissance de son rival en amour.
Illustration Petit Albert, p. 17 sq. ; Werner n° 12, p. 199.
S D S : À Byzance, on invoquait saint Jean-Baptiste et Jésus-Christ contre les fièvres du 3e et 4e degré, diurnes et nocturnes, en demandant que le patient en soit délivré grâce à la formule :
ς Δ ς μ ϕ β θ. Ili Ili lama savachthani.
On reconnaît la formule « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné », précédée de characteres (cf. Ely ; Hely).
Illustration Tselikas, p. 75.
S. D. S. F. S. : Début d’une longue suite de characteres accompagnant une opération complexe dont le but est de retrouver un objet perdu. Il faut tenir un couteau neuf de la main gauche ou droite et poser un bref contenant l’ensemble suivant :
Illustration
SECRETS ÉGYPTIENS (Ägyptische Geheimnisse) : Titre d’un grimoire datant du début du XIXe siècle, d’abord paru en fascicules chez Ludwig Ensslin, éditeur de Reutlingen, titre phare des ventes sur les marchés annuels et régulièrement réimprimé jusqu’au XXe siècle. Il fut faussement attribué à Albert le Grand (1193-1280), comme le furent, en France, le Grand et le Petit Albert. Les éditions usuelles comportent deux cent cinquante recettes, entre autres visées, pour protéger les hommes et les bêtes des mauvais esprits, pour arrêter les hémorragies, pour combattre les fièvres, pour contrer le feu de saint Antoine (ergotisme, feu sacré, mal des Ardents), les calculs, les incendies, les calomnies, pour découvrir un voleur et même pour que le vin vous rende sain.
Illustration
SEME(H)T. SEGHEHALT. RAGNAHT. : Début de la dix-neuvième oraison magique du Livre des consécrations :
Illustration LIBER IURATUS.
Illustration Liber iuratus chap. 29.
SEMESEILAM : On pense que ce terme dérive d’une expression hébraïque et signifie « soleil du monde » ou « soleil éternel », ou encore de l’araméen shemi shelam, « paix est mon nom ». Une tablette découverte à Carthage se lit : « Semeseilam, le dieu qui illumine et assombrit le monde. »
Illustration R. Wünsch, Antike Fluchtafeln, Bonn, 1912, n° 4, p. 248 sqq.
SEMIPHORAS/SHEHAMPHORAS : Titre d’un grimoire sur l’indicible nom de Dieu, formé de soixante-douze lettres hébraïques tirées des versets 19-21 du quatorzième livre de l’Exode, paru en 1686 en allemand et attribué à Salomon. Le nom est tiré de l’hébreu Shem ha-mephorash (Illustration). En droite ligne de la Kabbale, il utilise la valeur numérique des lettres pour trouver tous les noms divins. Ces noms sont composés de soixante-douze groupes de trois lettres, chacun étant le nom d’un ange. Ce grimoire indique notamment comment s’adresser aux éléments, aux esprits, aux morts, etc., par deux séries de paroles magiques. Dans le Lemegeton, premier livre des Clavicules de Salomon, shehamphoras désigne soixante-douze démons, mais il devrait plutôt s’agir de daimones au sens grec.
Le Livre des incantations consacre une note à ce qu’il appelle « semiforas, le grand nom qui était écrit sur le front d’Aaron » (folio 106 v°-107 r°) :
Illustration
Le premier livre duIllustration LIBER IURATUS contient une autre rédaction du Schemhamphoras et ajoute le nom des anges portant ce « grand nom de Dieu ».
Illustration JOD ; YESERAYE ; LAGUMEN ; LYACHAM ; LETAMNIN ; ELIAON ; ABTAN ; MAYA ; HOLOMAATI ; MICRATO ; SADAY / SADAJ ; YANE.
Illustration Semiphoras Salomonis Regis, Wesel, Duisbourg, Leipzig, Andreas Luppius, 1686, Éd. Schäuble, p. 298 ; Kaufmann Kohler, « The Tetragrammaton (Shem hamM’forah) and its uses », Journal of Jewish Lore and Philosophy 1 (1909), pp. 19-32 ; Robert Eisler, « Le mystère du Schem Hammephorash », Revue des Études juives 82 (1926), pp. 157-159.
SENAPOS ESTAMOS NOTARIN : Gravés sur un anneau talismanique, ces mots soumettent les génies et font avorter les projets qui vous sont contraires. En employant le talisman, on dira : Senapos Terfita Estamos Pertifer Notarin.
Illustration Trésor, p. 180 a-b.
SENOZAN GORGORA GOBERDON : Pour pouvoir s’évader, un prisonnier devait écrire ces mots sur une écorce de bouleau.
Variante : Senozan Goror Gober.
Illustration Werner n° 42, p. 205.
SEPA † SEPAGA † SEPAGOGA : Selon Jean Wier (V, 8), cette formule arrête les saignements. Mais en Angleterre, on l’utilise au XVIe siècle pour arrêter les hémorragies, comme dans le charme suivant :
Illustration SepaIllustration SepagaIllustration sepagogaIllustration sta sanguis in nomine patrisIllustration podendiIllustration & filijIllustration poderaIllustration & spiritus sanctiIllustration pandoricaIllustration pax tecum. Amen.
On notera la variation sur podendi (= potenti), « (tout) -puissant » ; pandorica semble être dérivé de pantocrator qui a le même sens.
Illustration Reginald Scot, Discoverie of witchcraft, Londres, 1584, XII, 18.
SEPT DORMANTS D’ÉPHÈSE : En se référant à la légende de Malcus, Maximinus, Martinus, Dyonisius, Johannes, Serapion et Constantin, citoyens d’Éphèse qui se réfugièrent dans une grotte du Mont Selyon pour échapper aux persécutions et dont la légende se répandit grâce à Grégoire de Tours, les insomniaques écrivent leurs noms sur un billet qu’ils placent sous leur oreiller ; ils trouvent ainsi le sommeil. Ils protègent aussi des fièvres. Pour guérir la fièvre quarte, on écrit leurs noms puis on les dissout dans de l’eau bénite que l’on fait boire au malade. On les évoque contre les démons en même temps que Dieu, la Vierge, les apôtres, etc., et même contre les elfes, comme dans le charme latin suivant :
« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. Je vous conjure, elfes et toutes les espèces de démons nocturnes ou diurnes, par le Père et le Fils et le Saint-Esprit et l’indivise Trinité, par l’intercession de la bienheureuse Marie toujours vierge, par les prières des prophètes, par les mérites des patriarches, par les suffrages des anges et des archanges, par l’intervention des apôtres, par la passion des martyrs, par la foi des confesseurs, par l’intercession de tous les saints, par les sept dormants dont les noms sont Malchus, Maximinianus, Dionisus, Iohannes, Constantinus, Séraphion et Martinianus, par le nom du dimanche qui est béni dans les siècles, + A+G+L+A, afin que vous ne nuisiez ou n’infligiez aucun mal à ce serviteur de Dieu. N., qu’il dorme ou veille. + Christus vicit + Christus regnat + Christus imperat + que le Christ nous bénisse et nous protège de tout mal. Amen » (British Library, manuscrit Sloane 962, folios 9r°-v°).
Au XVIe siècle, en Islande, les sept Dormants interviennent dans une épître pour se rendre maître de la folie envoyée sur quelqu’un par un maléficier.
Illustration Braekman n° 111 ; 262 ; Hunt, p. 89 ; Franz 2, 480-482 ; Bibl. Royale de Stockholm, ms. XIV in kl. 4°, fol. 103 ; Heidelberg, Bibl. universitaire Cpg 267, fol. 12 r° ; Hunt, p. 80 sq. ; Galdrakver, p. 51 ; Acta Sanctorum Iulii VI, 375-397 ; W. Bonser, « The Seven Sleepers of Ephesus in Anglo-Saxon and later Recipes », Folklore 56 (1945), pp. 254-256 ; Grimoires n° 30 ; 115 ; Storms n° 37 sq.
SERAPHIE SERAPHIE : Cette formule fait partie d’un rituel complexe qui se déroule quand la lune est en Scorpion et requiert deux encensoirs en terre remplis d’eau, un sacrifice, et un feu. Elle a pour but de faire apparaître « un homme » auquel on adresse sa demande, et elle se réalisera grâce à lui. Dans la source arabe, la Ġāyat al-Hakîm, la formule se présente ainsi : Šarâfihâ šarâfihâ.
Illustration Picatrix IV, 9 ; Ġāyat al-Hakîm, p. 315.
SESENGENBARPHARANGÊS : Vox mystica associée au soleil et courante dans les charmes grecs. Ce terme se rencontre dans des formules où entrent Abrasax, Adônai, barbaratham cheloumbra, Barouch (« béni ») et Iaô, comme dans un charme amoureux écrit sur une tablette de plomb trouvée en Égypte et datée du IVe siècle.
Illustration PGM III, 109 sq. ; IV, 1805 ; V, 351 & 365 ; VII, 645-650 ; John G. Gager, Curse tablets..., p. 99 et p. 269.
† SEUS † DEUS † GRATIUS : Formule utilisée au Danemark pour lier un voleur. Elle est répétée quatre fois dans le charme qui évoque la rencontre de Jésus et de trois larrons ; elle ponctue les trois conjurations suivantes :
† Seus † deus † gratius. Fige-toi comme une pierre et compte pour moi tous les brins d’herbe qui poussent sur terre ! † Seus † deus † gratius. Fige-toi comme une pierre et compte pour moi toutes les étoiles qu’il y a dans le ciel ! † Seus † deus † gratius. Fige-toi comme une pierre et compte pour moi tous les grains de sable sur les bords de la mer ! † Seus † deus † gratius.
Seus devrait représenter sanctus. On notera qu’on impose au larron une tâche impossible, ; or, on fait de même à chaque fois qu’on veut se débarrasser d’un esprit ou l’empêcher d’approcher. On rencontre ainsi comme moyens utilisés des graines de pavot et des pois.
Illustration Ohrt n° 916.
SHOURIN, SHOURAN : Début d’une formule copte que l’on devait prononcer en préparant un philtre d’amour destiné à attacher le cœur de la femme qui en boira :
Chaque nom représente une affection particulière, comme il en ressort d’un manuscrit allemand du XIIe siècle où nous lisons : Nessia, Nagedo, Stechedo, Troppho, Crampho, Gigihte, Paralisis.
Nagedo est forgé sur le verbe « ronger » (nagen), Troppho sur « goutter » (tropfen), Crampho signifie « crampe » et Gigihte désigne la « goutte ».
Illustration GYLLOY ; NOMS DES DÉMONES.
Illustration Londres, British Library, ms. Sloane 2948, fol. 22 r° ; Sloane 140 ; Sloane 389 ; Sloane 405 ; Ohrt n° 1143 ; Engelberg, Stiftsbibliothek, ms. 3/2 (XIIe siècle), page de garde.
SICLIS PICHE TICLIS : Lorsqu’on utilise un miroir pour une opération de divination (catoptromancie), on gagne un lieu écarté et l’on trace un cercle sur le pourtour duquel on écrit ces mots :
Puis on prononce une conjuration demandant à Dieu que le miroir s’éclaircisse, en réclamant l’intercession des trois enfants dans la fournaise (« Sydrac, Mysaach, Abdenago »), ces trois rois (« Caspar, Balthasar, Melchior »), des trois patriarches (« Abraham, Isaac, Jacob »), et on conclut par une formule mêlant christianisme et paganisme : « et par le nom de celui qui s’appelle theoden, lien, elyon, uergiton, Christus dieu fort, Emanuel, Caspar, Caspan, Caspar, corpion, asmal. » Alors apparaîtront bien des choses dans le miroir.
Illustration Liber incantationum folio 39 v°- 40 v°.
SIESNBRA FIAT : Pour découvrir un voleur, on écrit les mots suivants sur du papier que l’on place sous une lourde pierre la nuit de trois jeudis, puis on répand de l’eau dessus :
Siesnbra fiat Tacit Nameium Dempus alligeum Tinut.
On comprend que l’ensemble forme une phrase demandant la révélation du nom du voleur et que ce dernier soit lié.
Illustration BBE, p. 75.
SILA ADONA ELOHIM : Ces trois noms hébreux de Dieu (nous n’avons pu identifier le premier) sont utilisés pour lier un voleur à distance. Ils accompagnent un rituel selon lequel il faut tourner trois fois en rond et tracer trois croix.
La variante Sila Adong Elohim apparaît dans un autre charme ayant le même but et s’ouvrant par ces termes : « Notre Seigneur Jésus-Christ dit à ses disciples : “Ce que je lie dans le ciel sera lié sur terre, et ce que je délie sur terre sera délié dans le ciel au nom de (†††) Sila Adong Elohim”. »
Illustration Ohrt n° 920 ; n° 1294.
SILLOMONDUS : Pour être vainqueur de plus fort que soi dans une rixe, il faut porter un billet où est écrit :
Sillomondus et hæritid
Filli honstus nobis
Coriander Cordo
tempus alliqvo
tugarij motan
Commidatibus
Illustration Bang n° 1084.
SIMSVM : Mot magique formé des initiales de six planètes (Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure) et utilisé sur des bijoux pour en faire des amulettes.
SINISTRÆ PAX PAXAS EBULE : Pour faire danser une jeune fille, certainement contre son gré, il faut écrire ces mots sur du fromage ou sur de la cire, que l’on dépose sous son seuil.
Illustration Ohrt II, p. 126.
SION † MARON † SAPHERT † : Formule de clôture d’un charme de protection contre les voleurs.
Illustration Hunt, p. 94.
S IOPG F G LI – : pour susciter l’amour d’une femme, on écrit ceci sur un morceau de pain qu’on lui donne à manger.
Illustration Bak n° 65.
SI ORGOME GACERITIS SIRITE : En disant ces paroles, on empêchait un fusil de tirer (XVIIIe siècle).
Illustration Hervé, p. 357.
SIRAS ETAR BESANAS : Il faut prononcer ces mots lorsqu’on utilise le talisman (un anneau) qui conjure les puissances célestes et infernales.
Illustration Trésor, p. 175 b.
SITIO : « J’ai soif », parole du Christ en croix, tirée de l’Évangile selon saint Jean (19, 28), reprise dans l’Oraison des sept paroles, attribuée à Bède, qui assurait la protection contre tous les maux et empêchait de mourir sans confession.
Illustration ORAISON.
S K H : Lorsqu’on a un ennemi terrifiant, dit un charme postbyzantin, il faut réciter le Psaume 74 en entier, écrire les characteres ci-dessous sur une feuille de papier et invoquer les archanges pour les mettre en fuite : σχ δχ πε λε κ ψ λι κλ ψ χχ
Illustration Tselikas, p. 74 sq.
S M K L : Contre le nouement de l’aiguillette qui empêche les époux d’avoir des rapports sexuels, on récite le Credo en entier ; sur trois feuilles de papier, on écrit :
« Le Christ est né, le Christ a été crucifié, le Christ ressuscita et délivra Adam et Ève de leurs liens. Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, Fils et Verbe du Dieu vivant, écrase et rompt les entraves et tous les liens de ton serviteur N. σ µ κ λ σ μ μ τα ϕ β θ, amen. »
On dilue l’écriture de la première feuille dans de l’eau que doivent boire les époux, puis le mari attache la deuxième à sa cuisse droite et la troisième est placée sous l’oreiller du couple.
Illustration Tselikas, p. 76 sq.
SOLAM S. TATTLER S. ECHOGARTNER GEMATAR : Ces characteres font partie de la fabrication d’un miroir magique qui permet de tout voir ; on l’enterre à la fourche de deux chemins à une heure impaire, etc., et il est recommandé de laisser un chien ou un chat regarder dans le miroir en premier. Cette prescription rejoint une croyance bien vivante autrefois, selon laquelle on perdait son âme en se regardant dans un miroir neuf, ou si l’on se mirait trop longtemps dans une psyché, on voyait apparaître le diable.
La tradition des miroirs magiques est d’origine moyen-orientale ; on en trouve de multiples exemples dans l’Abrégé des merveilles d’Ibrahim ben Wasîf Châh (Xe siècle).
Illustration Secrets égyptiens 2, 116.
Illustration SORTHIE, SURTHIA, SORTHIOS : Dans une longue procédure destinée à invoquer un esprit au moyen d’un cristal, l’opérateur trace deux cercles et doit écrire ces mots sur du parchemin à la nouvelle lune, à l’heure où Jupiter, le soleil et la lune sont dans l’un des signes du Zodiaque, tels que le Cancer, le Sagittaire et les Poissons, puis le porter sur la poitrine. L’esprit venu dans le cristal est alors chargé d’aller chercher Sibylia, « la belle vierge bénite », qui se placera dans le deuxième cercle et répondra aux questions posées.
Illustration
Elle se montrera vêtue de blanc et remettra un anneau à l’opérateur qui le passera à son doigt et sera invisible. Il pourra le vérifier en se regardant dans une glace : il n’y verra rien.Illustration PANTHONIllustration CRATON, car Sibylia fait aussi partie d’un groupe de trois « fées » (fairies).
Illustration Reginald Scot, Discoverie of witchcraft, Londres, 1584, XV, 10.
SOUTRAM UBARSINENS : Par ces mots, on se faisait transporter par les génies là où l’on voulait et, pour parcourir l’immensité, on disait Saram, et pour revenir, Rabiam.
Illustration Trésor, p. 174 b.
S. Q. R. P. : Début d’une longue suite de lettres d’une amulette pour arrêter une perte de sang ; il fallait écrire ces characteres sur un parchemin vierge et les attacher au cou de la personne :
S. q. r. p. r. tz. os. t. q. e. t. o. a. c. ge. e. h. x. cta. serenisa.
Serenisa n’est autre que sainte Sérénise que l’on invoquait pour les hémorragies des femmes.
Illustration Aymar, p. 346.
S. S. S. S. † Z. : Un très long charme qui s’adresse à Jésus pour qu’il protège de toutes les armes, « soient-elles blanches ou à feu, de pierre, de métal, de bois, de feu », l’énumération visant à tout englober, se clôt par :
S. S. S. S. † Z. †† Z. † C. S. † K. A. C. T. U. A. H. O. U. C. H. H.
Illustration Spamer, p. 344 sq.
S S S X : Contre toutes sortes de maléfices et de maux, les Grecs récitaient le Credo en entier, demandaient au signe de la croix de détruire les démons, puis reprenaient la prière de saint Cyprien pour être protégés de « toutes les maladies, du démon femelle, des heures néfastes, du démon nocturne, infernal, aérien ou de midi, de tous fantômes ». Suivaient l’Évangile selon saint Matthieu, une invocation de la puissance du signe de croix et une demande d’aide :
« Que le saint ange Sabaoth soit devant moi, Michel à ma droite, Gabriel à ma gauche, Raphael sur ma tête ! Qu’Uraël et Misaël me secourent, Chérubin et Séraphin, pouvoirs du Dieu tout-puissant, attachez et bridez mes ennemis qui ont jeté ce sort sur moi, N., serviteur de Dieu. Faites de moi un berger et d’eux des moutons ! Qu’ils soient devant moi aveugles, muets et paralysés ! Aveugles, bossus et incapables de parler... »
La conjuration se poursuit par l’évocation de diverses armes et une demande de protection adressée à Jésus-Christ, à la Vierge, à saint Constantin et à sainte Hélène, et elle se clôt par :
amen. ς ς ς Xε δ π θ o π ς θα ιι τ η o β η π τ.
Le texte d’une amulette ayant le même but est donné en finale (cf. Matthieu).
Illustration Tselikas, p. 79.
STAPHULE (CTAΦYΛH) : Ce mot, qui signifie « grappe de raisin » et « luette », est gravé sur une amulette en lapis-lazuli, conservée à la Bibliothèque nationale, sous forme de grappe, ce qui correspond aux formules régressives :
Illustration
Cette amulette devait sans doute protéger des maux de gorge.
Illustration A. Sambon, « La bague à travers les âges », Le Musée 6 (1909), p. 112.
† STOEXHOR † ABALAY † : Ouverture d’une oraison à réciter avant de se coucher afin d’avoir une vision du « palais céleste, de Dieu dans toute sa gloire, des neuf ordres des anges et la compagnie des esprits bénits » :
Illustration LIBER IURATUS.
Illustration Liber iuratus chap. 101.
STOMEN CALCOS : Dans une conjuration anglaise de l’épistaxis, que l’on date de 1100 environ, se rencontre le fragment d’une prière grecque transcrit : Stomen calcos stomen metatofu, ce qui signifie : « Tenons-nous convenablement, soyons respectueux ! » Il faut l’écrire en croix sur le front du patient. Un codex de médecine du VIIIe-IXe siècle offre la variante : Stomen kalaos stomen metaphow.
Illustration Storms n° 54 ; Berthouin-Mathieu, p. 216 ; C. Singer, « On a Greek charms used in England in the 12th century », Annals of Medical History 1 (1917), pp. 258-260.
SUBUL : Mot magique utilisé dans un charme pour arrêter une hémorragie.
Illustration Albertus Magnus, being the approved, verified, sympathetic and natural Egyptian Secrets or, white and black art for man and beast, Chicago, s. d., chap. 32.
SUMUS OXO : Dans l’évocation des esprits de la semaine du Gran Grimorio italien, l’opérateur utilise une formule qui contient ces mots pour se faire obéir d’eux :
Oxila Somus oxo, pour Surgat, esprit du dimanche ;
Alexo Somus Oxo, pour Lucifer ;
Lixalo Somus oxo, pour Frimost, esprit du mardi.
Bien que les esprits des jours de la semaine soient dans Le Véritable Dragon noir et dans La Poule noire, ces formules en sont absentes.
Illustration KAILOS ; MUSSO.
SUPILILIE : Pour gagner l’amour d’une femme, on écrit sur sa main gauche la formule suivante puis on bat des mains : Supililie Farer garislia Sacra (ici dessiner un cœur) Ordinia Venta Venta urum Camiter Spen San Fattus Sarum.
Illustration Bang n° 1124.
SUSTUS FUSTUS FRATIS : Afin de se protéger de la rage, il faut écrire ces mots et les donner à manger aux chiens.
Illustration Ohrt II, p. 127.
S. X. S. 4. 9. X. S. N. V. W. U. D. ! : Cette série de characteres clôt un charme contre les caillebotières, c’est-à-dire les sorcières volant le lait à distance. On l’a découvert, caché dans la poutre du seuil, en 1906 en démolissant une écurie.
Illustration Spamer, p. 96.
SZ / V / D /X / C / K / : Pour qu’une femme s’éprenne de vous, il faut écrire ces characteres sur une pomme de manière à ce qu’elle ne les voie pas, puis lui faire manger le fruit. Variante : v. d. x. c. k. h.
Illustration Braekman n° 349.