Commençant par un R

Hors ligne Pascal
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R
† R A B H Q † : Contre les ulcères chez les hommes et chez les bêtes, on écrit ce qui suit sur un bout de papier que l’on place sur la douleur :

† R a b h q † H a s b a † E b n L H
a † K a c K a a b u l a † K a s H a S
† a † a o † b † o † † † o †

Illustration Secrets égyptiens 2, 212.

RABI HABI GABI : Pour guérir la fièvre froide, on trace ces mots sur du pain que l’on mange. Il s’agit certainement d’une variante deIllustration HABI DABI ; ABIA, DABI et HABERE.
Illustration Ohrt II, 123.

RABUN RATTACU FLUXA MAX PARVENECH : Afin de découvrir un voleur, on porte ces mots sur un morceau de fromage et on le donne à manger à la personne soupçonnée ; si elle ne peut l’avaler, elle est coupable.
Illustration Bang n° 1065.

RACK SMACK STRACK : Formule magique d’une conjuration des fractures datant de la fin du Moyen Âge. Ce sont les impératifs de trois verbes qui signifient « tire, colle, tends ! ».
Illustration Heidelberg, Cpg 267, fol. 77 r°.

RADITUS OSTRATA ERIMAS : En possédant un talisman gravé de ces mots et en disant la formule Raditus Polastrien Terpanau Ostrata Pericatur Erimas, on se transporte où l’on veut.
Illustration Trésor, p. 179 b.

† RAERE † REDUCAT † RAROUT † JESUS † MOMATHYS : Aux Pays-Bas, on utilisait cette formule dans le Charme de saint Hubert, pour guérir les éruptions cutanées et les inflammations.
Illustration JvH n° 59.

RAMNIGAN ADONAI : Début d’une formule contre la diarrhée contenue dans une lettre apportée par un ange, peut-être l’un des trois archanges, à Rome. Très longue, cette formule fait aussi appel à sainte Véronique (Beronice) :

Ranmigan adonai. eltheos. mur. O ineffabile. omiginan. midannian. misane. dimas. mode. mida. memagar. em. Orta min. sigmone. Beronice. irritas. uenas. quasi dulap. fervor. fruxantis. guinis. siccatur. fla fracta. frigula. mirgui etsihdon. segulta. frautantur. arno. midomnis. abar vetlio. sydone. multo. saccula. pp pppp sother. sother. Miserere mei Deus. Deus mi. AMHN. Alleluiah. Alleluiah.

Ranmigan adonai est la déformation de l’hébreu rav magen, « puissant bouclier » ; eltheos, mot composé, est un mélange de cette langue et de grec, et signifie « Dieu Dieu » ; grâce à un manuscrit hollandais du XVe siècle, on sait que sigmone signifie « sang » (sanguis). La séquence Beronice [...] siccatur a été déchiffrée ainsi : « Véronique, tu as irrité les veines comme une douleur ( ?) ; le bouillonnement du sang qui coule se tarit. » D’autres variantes de cette incantation sont utilisées contre les saignements et la peste.
Illustration KA.
Illustration Storms n° 35 ; Berthouin-Mathieu, p. 146.

RANGARUA GAUERBAT : Afin qu’une brûlure ne s’envenime pas, on répète trois fois ces mots, on la lèche trois fois puis on crache.
Illustration Önnerfors 34.

RAPA. R. TARN. TETRAGRAMMATEN ANGELI : Cette formule du Livret de Romain clôt, avec I. N. R. I., une bénédiction destinée à paralyser les armes à feu et autres. Le demandeur requiert l’aide de Jésus, des Rois mages, des quatre évangélistes et de saint Uriel.
Illustration Grimoires n° 268.

RATALIBIUS : Formule réductrice du mal de dents des personnes âgées ; on recopie le mot en retranchant une lettre à chaque fois. En finale, on inscrit :

Illustration

Le signe représente l’animal qui ronge les dents et provoque la douleur. Curieusement, il rappelle très fortement une figure des Clavicules de Salomon. Mais d’autres grimoires scandinaves ne connaissent que la formule réductrice, celui de Kvam par exemple :
Illustration
Illustration Espeland n° 29.

RAT PAT CAT : Nul ne vous vaincra aux cartes si vous écrivez ces mots avec le sang d’un chien noir, affirmait-on autrefois.
Illustration BBE, p. 89.

RATOR : Premier nom d’une série de onze intervenant dans une incantation du XVe siècle destinée à susciter l’amour d’une femme et réputés inspirer crainte et terreur (nomina pauentia et trementia) :

Rator. Lampoy. Despan. Brulo. Dronoth. Maloqui. Satola. Gelbid. Mascifin. Nartim. Lodoni.

Illustration
Le texte ne permet pas de savoir s’il s’agit de noms d’esprits ou de mots magiques.
Illustration Liber incantationum folio 10 v°.

† RAY † ROY † LAMITABAT † CASSAMUS : Pour empêcher les chiens d’aboyer, il faut dire cette formule en se signant là où il y a des croix.
Variante : † Roy † oy † lamitabat † cassamus.
Illustration Gand, Bibliothèque de l’université, manuscrit 1021 A, fol. 145 r° ; Braekman n° 228.

RECABUSTIRA : Premier terme d’une formule régressive, non plus par lettre mais par syllabe : Recabustira, Cabustira, Bustira, Tira, Ra, A. On l’utilise pour rendre le tapis magique propre à l’interrogation des esprits, après avoir récité une prière commençant par un triple AGLA. À la fin du rituel, on répète Recabustira, etc., et on y ajoute : Karkahita, Kahita, Hita, Ta, a. On obtient alors la réponse aux questions que l’on pose aux esprits.
Illustration
Illustration Clavicules I, 13.

REGNAB † SADAY : Ces mots apparaissent dans un charme destiné à être délivré des persécutions, des procès injustes et de rester en liberté dans les causes criminelles. On invoque, entre autres, le secours des archanges, des anges, des chérubins et de tous les saints, puis on dit :

Amedam † Austis † Memor † Gedita † Eleison † Igion † Frigam † Fides † Valey † Unis † Regnab † Sasay † Afios Athanatos.

Illustration Enchiridion espagnol.

REMAN : Pour obliger le diable à se montrer devant soi, on trace un cercle à un carrefour, on y dessine une croix avec les noms de la Trinité, le matin de trois jeudis, à chaque fois en traçant ce mot.
Illustration Ohrt n° 987.

RETTEREN SALIBAT HISATER CRATARES : Pour reconnaître végétaux et minéraux et connaître leurs propriétés médicinales, on porte sur l’estomac un talisman gravé de ces quatre mots ; on les prononcera devant le malade.
Illustration Trésor, p. 182 a.

REX. PAX. NAX : Il faut écrire cette formule, que l’on rencontre au XIe siècle en Angleterre dans un charme contre la migraine, sur la joue de celui qui a mal aux dents et il sera guéri. Aux Pays-Bas, la formule s’écrit ainsi au XVe siècle : rex pax nox in filio Dei. Outre-Rhin, on écrit REX, PAX, MAX, PRO avec le clou d’un fer à cheval sur trois chemins, puis on plante le clou dans le mur et on n’aura pas mal aux dents aussi longtemps que le clou y restera. Il s’agit là d’un phénomène de transfert du mal vers une chose, action courante dans la médecine populaire.
Illustration
Illustration Munich, Bibliothèque nationale bavaroise, manuscrit Cgm 92, fol. 7c ; Heidelberg, Cpg 267, folio 14 v° ; Storms n° 51 ; British Library, Harley 585, folio 184 r° ; Braekman n° 118 ; M. Baldinger, « Aberglaube und Volksmedizin in der Zahnheilkunde », in : E. Grabner (éd.), Volksmedizin, Darmstadt, 1967 (Wege der Forschung, 63) ; J. H. Gallée, « Segensprüche », Germania 32 (1887), p. 459.

RHIBARIM RIBHARIM CAYPHARIM CAYPHARIM DYAFORIM DYAFORIM : Cette formule fait partie d’un rituel complexe qui se déroule quand la lune est en Taureau, et il faut la répéter vingt fois. Elle a pour but de faire apparaître un homme auquel on adresse sa demande, et l’exemple qui illustre le rituel met en scène un pauvre qui, grâce à l’apparition, découvre un trésor. Dans la source arabe, la Ġāyat al-Hakîm, la formule se lit ainsi :

Rabqâr rabqâr ‘iqâm ‘iqâm taqfûr taqfûr.

Illustration Picatrix IV, 3 ; Ġāyat al-Hakîm, p. 310.

RIBALD : C’est l’un des trois vocables à prononcer lorsqu’on noue l’aiguillette, c’est-à-dire quand on frappe un homme d’impuissance sexuelle. On dit Ribald en faisant le premier nœud et en se signant ; puis Notal, au deuxième nœud et avec un signe de croix ; et enfin Vanarbi sur le troisième nœud avec un dernier signe de croix. Il faut faire cela pendant un certain moment de la messe. On notera que ribald signifie « ribaud » !
Illustration Thiers 4, 582 ; 585.

RITAS OMBAS ZAMARATH : On utilise ces mots pour acquérir la connaissance de l’art ou de la science où l’on veut briller. Pour la transmettre à autrui, on dit : Ombas serpitas Quitathar Zamarath.
Illustration Trésor, p. 183 a-b.

R. O. A. V A G X W : Pour être délivré de tous maux, on demandait l’aide de Dieu par la série de characteres et de mots suivants : R. O. A. V A G X w Grammata Thrachotin S Palleo Zobola sa Rex on thiothr. Les deux premiers termes renvoient à Tetragrammaton, le dernier à Sother.
Illustration Aymar, p. 327.

ROKES ZOTOAS : Pour gagner aux jeux de hasard, on use d’un où est gravé : Rokes Zotoas Xatanitos Pilatus Tulitas, et il suffit de prononcer trois de ces cinq termes.
Illustration Trésor, p. 183 b-184a.

RØYSEHAMPIS RABIS : Pour gagner aux cartes, prendre un chat, lui entailler l’oreille avec un couteau au nom du diable et, avec son sang, écrire ces mots sur sa main gauche avec une plume neuve.
Illustration Bang n° 1133.

R R T. F. A. A. Q F. O. Q. Q. B. . V. : Un manuscrit islandais donne ces characteres en précisant : « Si tu veux que ton ennemi te craigne, porte ces signes dans ta main gauche ! »
Illustration Matthiás Viðar Saemundsson, Galdrar á Islandi. Islensk galdrabók, Reykjavik, 1992, n° 2.

RUBRIES RISCAS MELONES : Formule de conjuration des attaques des démons.
Illustration Heim 551.

RUN RAS : Pour être aimé d’une femme et la faire brûler du désir de venir à vous, on dit :

Run Ras Paxifarmo
Granduras Denclifaq, Panta Silante

On ajoute : « Je te conjure, par les quatre vents, par la braise et le charbon, et par le diable Cojuelo, et par tous les démons... » Granduras, etc., désignent sans doute les vents. Cojuelo est un démon légendaire de la tradition castillane, le Diable boiteux, et fut très populaire au XVIIe siècle. On le retrouve notamment dans les écrits de Miguel de Cervantes et chez Velez de Guevara (1641).
Illustration Werner n° 41, p. 205.

RUNES MAGIQUES : L’interprétation courante des non-spécialistes veut que les runes soient avant tout une écriture magique alors qu’elles ne sont en réalité que des lettres d’un type particulier. Si on a utilisé le Fuþark, l’alphabet runique pour des inscriptions magiques, sur des bractéates notamment, l’examen des grimoires scandinaves conservés montre que la magie possède ses propres runes qui équivalent aux characteres des charmes grecs et latins. Ce sont des signes auxquels on prête une vertu en raison de leur caractère ésotérique et abscons pour le commun des mortels. On en trouvera de très nombreux exemples dans nos annexes.
Ces runes particulières permettent toutes sortes d’actions, offensives ou défensives, bénéfiques ou maléfiques. Avec elles, on provoque l’amour, le sommeil, le suicide, la mort de bêtes ou d’individus, la tempête ; elles permettent de connaître l’avenir, d’émousser les épées, de rassembler les animaux, d’obtenir du vent pour sa navigation, etc. Bref, rien ne semble leur être impossible.
Illustration
Illustration Magnus Olsen, Om troldruner, Uppsala, 1917 (Fordomtima, Skriftserie II), pp. 6-29 ; Anders Bæksted, Målruner og Troldruner, Copenhague, 1952 ; Karl Martin Nielsen, « Runen und Magie. Ein Forschungsüberblick », Frühmittelalterliche Studien 19 (1985), pp. 75-97 ; Stephen E. Flowers, Runes and Magic. Magical Formulaic Elements in the Older Runic Tradition, New York, Berne, Francfort, 1986 (American University Studies I. 53) ; Ray I. Page, « Anglo-Saxon Runes and Magic », British Archeological Association Journal 27 (1964), pp. 14-31 ; R. W. V. Elliott, « Runic Mythology : The Legacy of the Fupark », Bamberger Beiträge zur englischen Sprachwissenschaft 15 (1984), pp. 37-50 ; du même : « Runes, Yews and Magic », Speculum 32 (1957), p. 250 sqq. ; Klaus Düwel, « Buchstabenmagie und Alphabetzauber. Zu den Inschriften der Goldbrakteaten und ihrer Funktion als Amulette », Frühmittelalterliche Studien 22 (1988), pp. 70-110.
Ouvrages généraux : A. Bæksted, Runerne. Deres historie og brug, Copenhague, 1943 ; L. Musset, Introduction à la runologie, Paris, 19762 ; Kl. Düwel, Runen, Stuttgart, 19832 (Sammlung Metzler, 72) ; R. W. V. Elliott, Runes, an Introduction, Manchester, New York, 1989 ; R. Derolez, Runica manuscripta. The English Tradition, Bruges, 1954.

RUSIRIAB : Ce terme fait partie de la formule Rusiriab † Sidrach † Phaas † Smisorich † Misael † Misach † Hertz vil din Ortz amen ; pour préserver la maison du feu, on l’inscrit sur du plomb et on la dépose aux quatre angles de la demeure, qui, chacun le sait, étaient sacrés car les génies domestiques étaient censés y résider. Les mots allemands Hertz vil din Ortz ne produisent aucun sens ; ils semblent être la déformation du moyen haut-allemand schuetz vil din Ort, « protège bien ta demeure ». On constate qu’un idiome étranger au scribe ou au locuteur peut être assimilé par eux à des mots magiques. Au XVIIe siècle, on l’écrivait ainsi :

Ruaiab † sidrach † Srhaas † smisach † Misaell † misach † smitz vie Mels † amen.
On reconnaît, très déformés, les noms des trois enfants dans la fournaise, que la Bible évoque (Daniel 3, 51-90). Ici, l’allemand peut se traduire par « fonds comme graisse ! ».
Illustration Bang n° 1088 ; Bang n° 1297 ; 1305 ; 1195 (un seul enfant est nommé), Ohrt II, p. 124 ; Franz 2, 375 ; 2, 484.

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